Coup de tonnerre à Madrid : hier soir, Djokovic a battu Nadal sur terre battue, à la régulière, et sans perdre le moindre set. Personne n'avait réussi à vaincre le Majorquin sur cette surface depuis Söderling, en 2009, à Roland-Garros.
7/5 6/4, en un peu plus de deux heures. Pas plus. On est loin des marathons que les deux joueurs se sont déjà livrés, et que Nadal gagnait toujours. Hier, le patron sur le court, c'était Djokovic. Plus puissant, plus rapide, plus agressif (on notera sa faculté de couper les trajectoires côté revers), il a très vite privé Nadal de solution. Un peu émoussé, celui-ci gardait le visage fermé et la tête basse, hormis quelques sursauts taurins dont il a le secret.
Depuis Miami et Indian Wells, le Serbe a pris un ascendant psychologique sur l'Espagnol. C'est sensible dans tous les moments clés : Nadal a beau être encore le numéro 1 mondial, on voit que le challenger, c'est lui. On sent que Djokovic le contrôle et qu'il a même un peu de marge.
Mais parlons du jeu. Il y a deux secteurs qui ont permis au Serbe de gagner hier. D'abord le retour de service, puisque le slice de Nadal ne l'a jamais vraiment gêné. Le Djoker retournait long et fort, ce qui empêchait Nadal de prendre le jeu en coup droit comme à son habitude.
Mais le véritable hic est que même quand Nadal prenait le jeu en coup droit, il ne s'en sortait pas. C'est quoi, le jeu de Nadal sur terre? Il bastonne le revers de son adversaire avec de grandes gifles de coup droit. Personne ne tient le rythme. Sauf Djokovic. Le Serbe a un revers à deux mains qui pourrait même faire rougir Andy Murray. Bien loin de craquer, le Serbe acceptait le défi dans la diagonale et c'est lui, avec son revers, qui étouffait le coup droit de l'Espagnol. Comment? Avec une longueur de balle hallucinante (et vitale sur cette surface) ainsi qu'une capacité à varier le moment de la prise de balle et les trajectoires. On ne sait pas où va partir un revers du Djoker. Croisé court, long de ligne? Vous le découvrez, médusé, quand la balle sort de sa raquette. Il n'est même pas possible de savoir s'il va faire un shop ou bien s'il va recouvrir la balle. Un cauchemar.
Quand les échanges duraient, c'est Nadal qui cédait le premier. Lui, le roi du rallye, pris à son propre jeu! Quand Söderling a réussi l'exploit de battre le Majorquin, c'était avec un jeu d'attaque à outrance, un service impeccable et un refus radical d'entretenir l'échange. Sa tactique était de ne surtout pas rentrer dans la filière de son adversaire. Djokovic, lui, accepte le mano a mano des très longs échanges. Et il tient. Même physiquement, le secteur où l'on pensait que personne ne pourrait aller chercher Nadal, le Serbe dégage plus de force et montre une endurance à toute épreuve. Le fait qu'il ait battu l'Espagnol en jouant dans la filière de celui-ci augmente encore le prestige de sa victoire.
Et les inquiétudes de Nadal pour la suite. Car, oui, c'est officiel, nous allons avoir un Roland-Garros palpitant, comme nous n'en avons pas eu depuis longtemps. A Paris, les conditions seront plus favorables à Nadal : le court est plus lent qu'à Madrid, et grand ouvert au vent. Pas sûr que Djokovic puisse rallier la finale...
